A propos juliebulle

Graphiste-illustratrice, urban sketcher, croqueuse d'instants vécus

Bénédicte Chevallereau

Nous avons rencontré Bénédicte dans la cuisine de son appartement, rue Roger Mirassou, un lieu calme et ensoleillé. Au-dessus du frigo un renard empaillé trône, c’est celui de son colocataire… D’ailleurs la déco ce n’est pas son fort, elle aime les plantes et la botanique, mais elle a du mal à investir les lieux, toujours sur les routes, un peu nomade. Bénédicte nous offre un thé, dans des jolies tasses trouvées dans la rue.

la grosse situation, Julie Blaquié illustration Bordeaux, Caroline Cochet

Après avoir étudié aux Beaux-Arts de Bordeaux, Bénédicte fait maintenant partie d’un collectif de théâtre « La grosse situation » qui propose depuis plusieurs mois un Voyage Extraordinaire qui interroge ce que c’est d’être un(e) aventurier(e) aujourd’hui. Elles sont trois femmes : Alice Fahrenkrug, Cécile Delhommeau et Bénédicte Chevallereau ; pour écrire ce spectacle, elles se sont immergées dans une série d’aventures comme aller sur un bateau de pêche ou marcher une semaine le long de l’A65 avant son ouverture, ou encore aller au cœur du piton de la fournaise à la Réunion. Au final c’est une collection de huit expériences que chacune a vécu à sa manière dans lesquelles la troupe entraîne les spectateurs. Quand on lui demande si elle est une aventurière, Bénédicte répond : « J’ai vécu une grande aventure… celle de quitter la ferme familiale en Vendée pour venir à Bordeaux. »

la grosse situation, Julie Blaquié illustration Bordeaux, Caroline CochetLe prochain spectacle s’appellera France Profonde, il sera joué du 10 au 14 Avril à la Vacherie de Blanquefort. France Profonde questionne ce qui se passe aujourd’hui sur une parcelle agricole. Ces spectacles mettent du temps pour s’écrire, près de trois ans pour France Profonde et pas loin de 4 ans pour le Voyage Extraordinaire. En contrepartie, les spectacles tournent longtemps, a travers un maillage de lieux dans toute la France y compris dans des régions rurales que l’on croit (à tort) désertées par la culture. L’idée c’est de mettre le public en situation, de le questionner à la fois sur les codes du théâtre, mais aussi sur notre société et son fonctionnement. La participation du public est essentielle.

« On s’en fout du décor et de la lumière, le plus important pour nous c’est de transmettre l’émotion, et si on peut juste à un moment incarner un personnage qu’on a rencontré et faire comprendre qui il est, on a gagné. »

la grosse situation, Julie Blaquié illustration Bordeaux, Caroline Cochet

Cet automne, le collectif a organisé une randonnée toute une nuit sur la rive droite bordelaise dans le cadre de Panorama. 80 personnes ont randonné avec elles. A un moment, on s’arrête dans un bivouac étonnant, sur un promontoire avec une vue sur tout Bordeaux et en dessous des moutons, un cheval et des papis portugais qui vivent là depuis toujours. Au petit matin, la troupe redescend dans la citée Beausite pour aller à la rencontre de Saïd qui anime une salle de boxe, un lieu décrépi en rez-de-chaussée, qui s’appelle « de l’Ombre à la Lumière ». Il y a des mamans, il y a des enfants, il y a des jeunes et des champions de France de Boxe, des adolescentes qui découvrent leurs corps et Saïd s’occupe de tout ce petit monde. Il aide tous ces gens à trouver un projet de vie, grâce à la boxe. C’est pour ce genre de rencontres et faire découvrir ces personnages que Bénédicte aime son travail.

la grosse situation, Julie Blaquié illustration Bordeaux, Caroline Cochet« On crée des spectacles qui posent des questions.
On fait ça, pour assouvir notre curiosité.»

Dans leur écriture, Bénédicte et ses acolytes ne cherchent pas spécialement à rentrer dans les codes ni à les casser. Par exemple, il n’y a pas de noms de personnages, chacun s’appelle par son nom et parle au public comme on se parle là. Le financement des spectacles se fait sur la durée dans un engagement réciproque des institutions qui soutiennent le projet. Le financement ce n’est pas seulement trouver de l’argent, mais c’est aussi trouver des terrains de jeu, organiser les recherches et le travail de terrain préparatoire. Bénédicte adore son travail, mais elle admet qu’il prend toute la place dans sa vie. D’ailleurs elle qualifie sa relation avec ses deux co-auteurs de « relation de trouple ». Elles sont très mobiles, en voyage elles trouvent des moments pour faire le travail de bureau. La trouple assume même sa volonté de ne s’implanter nulle part et de toujours se faire bousculer. Finalement Bénédicte admet que cette situation correspond aussi au mode de vie de son enfance : s’adapter, ne jamais vraiment se poser. « Les paysans il marchent aux subventions, ils sont dans l’action tout le temps. » Quand le temps des vacances est venu, elles partent loin de tout, au calme, au fin fond de la Creuse, se reposer.

« J’écris comme je parle ».

Julie Blaquié illustration Bordeaux

Bénédicte nous parle aussi de sa passion pour les plantes et de la formation de phytologue herboriste qu’elle a suivi après avoir empoisonné toute une troupe de théâtre en Dordogne avec des champignons vénéneux, un peu par erreur… Bénédicte assume sa sorcellerie sur les gens, dans la douceur de son ton, dans la gentillesse de son approche. On aimerait la suivre un peu partout dans ses aventures. Elle aime les gens, elle adore sa rue, elle connaît tous ses voisins et rêve de les rencontrer en passant de jardin en jardin avec des échelles par-dessus les murets qui séparent les parcelles en cœur d’îlot. Des échelles, comme un pont entre les gens pour créer du lien et apprendre à se connaître. Car la question essentielle de la Grosse Situation est « qui serons-nous à marcher ensemble » et comment faire d’individus distincts, une œuvre collective ?

Site de la Grosse Situation

Texte Caroline Cochet / Dessins Julie Blaquié / Projet « Elles Saint Jean »

EXPO + ATELIER

Atelier BD

Après avoir emmené les enfants à l’exposition BD FACTORY au Frac Aquitaine, nous sommes rentrés à l’Atelier Garance pour dessiner. Premier jeu : mettre en scène un animal de son choix avec un mot choisi au hasard dans un livre de pâtisserie, dans une case, avec un texte écrit en-dessous (en s’inspirant des illustrations et de l’humour de Glen Baxter).

Inès (6 ans dans une semaine) a mis en scène un renne qui apporte un panier de framboises à sa copine :
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Maxence a mis en scène un dinosaure se masquant derrière un biscuit :
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Romane était très inspirée et a raconté son histoire de lionne et d’œuf dans une vraie BD de plusieurs cases :
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Le second jeu consistait à s’inspirer du « black bonhomme michelin » intitulé « The big one world » de Bruno Peinado. Les enfants devaient détourner des personnages issus de la publicité.

Pour chaque personnage que Romane transformait en diable, son frère créait leur version Ange, ce qui donnait : la diabletière, Bicange…
Inès a transposé le bonhomme Haribo au désert, elle a habillé la laitière en inuit et créée une petite bonne-femme pour la marque Bic 😀 :
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Sketchcrawl #54 in Bordeaux

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Sketchcrawl au marché des Capucins à Bordeaux


Nous nous sommes retrouvés un petit groupe d’une dizaine de sketchers au marché des Capus samedi 28 janvier à 10h30. Déploiement des croqueurs aux 4 coins du marché. Dessins de poissons, de fleurs, de pain, de passants, de vendeurs, de structures métalliques…
Après la pause de midi, on s’est rencardé à l’institut Bernard Magrez où l’on a dessiné des sculptures en bronze, en terre et un mobile aux mille facettes multicolores. Le berger allemand muselé d’un patchwork en crochet aux couleurs psyché a bien plus à Carmen et son papa.

Olivia Perez

Olivia Perez travaille à la gare de Bordeaux depuis 10 ans, auparavant elle manageait les équipes d’accueil et de production des trains. Depuis les cinq dernières années, elle dirige le bâtiment au sens large et tous ses services. Elle pilote les actions qui contribuent à satisfaire tous les clients, ceux qui voyagent, mais aussi ceux qui ne voyagent pas, qui utilisent les services et commerces de la gare. Elle nous reçoit d’ailleurs dans un café au sous-sol plutôt que dans son bureau au deuxième étage du bâtiment. L’occasion pour elle d’arpenter la gare en tant qu’utilisatrice, d’avoir un œil sur tout et de saluer au passage les agents de sécurité. Ces derniers temps, elle arrive en vélo dans ce monument historique classé depuis 1984, immense paquebot qui donne son nom au quartier. Elle insiste sur le fait qu’elle est aussi utilisatrice de la gare, l’occasion de se rendre compte qu’il n’est pas toujours facile de trouver un arceau de vélo libre aux abords de la gare.

C’est important d’avoir le regard d’un simple utilisateur.

Au son des annonces de départs de train, Olivia nous explique qu’elle gère aussi les opérations d’animation dans la gare, en essayant quand elle le peut, de faire le lien avec le quartier St Jean et ses habitants. La gare vit jour et nuit, elle est ouverte de 4h à 1h du matin.

Illustration Bordeaux, julie blaquié

A la question de sa place en tant que femme dans cette fonction, elle répond très simplement que ça n’a jamais été un problème, ni un enjeu. Pourtant du fait de sa fonction, elle reçoit régulièrement des courriers adressés à « Monsieur le chef de gare». Outre la dimension satisfaction client, Olivia Perez souligne aussi l’aspect technique de son travail : la sécurité incendie, l’amiante, le plomb, la sûreté, l’entretien des parties privatives, et notamment le blockhaus de la gare, vestige historique de la seconde guerre mondiale. Ce lieu n’est pas ouvert au public, surtout depuis que le plan Vigipirate est en place, bien qu’il ait déjà fait l’objet de visites lors des journées du patrimoine par exemple.
La vie de la gare, c’est entre autres accueillir l’Orient Express cet été pour des dîners de grands chefs, ainsi que pour un goûter pour les enfants du quartier. Olivia aime travailler en lien avec les associations de quartier qui la sollicitent beaucoup, mais le temps manque pour tout faire. Le temps d’un sourire, elle se souvient d’une fête de la musique organisée dans la gare avec une scène ouverte qui l’avait amenée à jouer avec son groupe qui répète à Barbey.

Illustration Bordeaux, julie blaquié

Si l’on pouvait être le lien entre les deux quartiers.

Avec l’enjeu de l’ouverture de la LGV en Juillet 2017, la gare se refait une beauté, elle se modernise. Elle ambitionne aussi de créer un véritable pont entre les quartiers St Jean et Belcier. Le nouveau bâtiment côté Belcier permettra de traverser plus facilement d’un côté à l’autre. Des commerces de proximité sont prévus comme un caviste et une supérette, ainsi qu’un grand parking. Ces derniers temps, les contraintes des travaux de la gare rendent compliqué le travail d’Olivia, et l’immense échafaudage qui recouvre les voies pour la réfection de la verrière ne simplifie ni la circulation des voyageurs, ni le confort et la réalisation d’animations dans la gare. La période actuelle n’est pas la plus simple et les contraintes sont nombreuses, si elle regrette d’avoir dû enlever le piano à disposition des clients dans le hall en travaux, elle nous assure qu’il sera réinstallé.

Julie Blaquié, illustration Bordeaux

Ce qu’Olivia aime particulièrement c’est partir à l’étranger avec sa famille et découvrir les gares des autres pays, de New York à la Thaïlande elle promène son œil professionnel aux quatre coins du monde. Curieuse de découvrir ce qui se passe ailleurs, elle l’est aussi de connaître notre propre expérience de la gare de Bordeaux : elle nous questionne beaucoup et assume les difficultés et les contradictions de la gare. Pour répondre au besoin de sécurité, elle souligne la présence d’un médiateur pour aider les gens en errance. Pour animer le parvis de la gare, sont prévus des kiosques, des petits commerces temporaires comme un marché de Noël. Pour répondre à la demande de proximité, La Ruche qui dit Oui l’a également contactée pour installer une Ruche en gare, une bonne idée qui évite le monopole des enseignes de la grande distribution. Lorsqu’Olivia nous demande ce qu’il manque dans la gare, nous répondons qu’un accès gratuit à la culture, une exposition temporaire serait un plus. Faire vivre ce vaste lieu plein de courants d’airs, de baisers d’adieu et de retrouvailles, ce lieu qui s’anime des histoires qui le traversent au quotidien.

D’un geste à la fois charmant et énergique, Olivia Perez retourne à ses obligations non sans avoir salué à nouveau un employé de la gare. Elle est un peu chez elle dans ce café en sous-sol, lieu de passage assez impersonnel, que nous ne verrons plus de la même façon après une heure passée avec Madame la chef de gare. Preuve une fois encore que les lieux sont faits de ceux que l’on y rencontre, et quel plus bel endroit qu’une gare pour rencontrer une femme énergique, souriante, aux responsabilités nombreuses mais néanmoins disponible et à l’écoute.

La gare St Jean en chiffres c’est 25 000 M2 de bâtiments, 350 trains / jours, plus d’11 millions de voyageurs sur l’année et entre 35 000 et 45 000 voyageurs / jours.

Texte Caroline Cochet / Dessins Julie Blaquié / Projet « Elles Saint Jean »